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Instaurer la confiance par la gouvernance

A man in a dark suit, light blue striped shirt, and navy tie stands against a white background, looking at the camera with a slight smile.

Stéphane Tisserand, Secrétaire Général du Groupe MAIF (France)


24 novembre 2025

Orange rectangular button with white text that says, Click here to view this blog in English.Dans cet entretien entre Stéphane Tisserand, Secrétaire Général du Groupe MAIF (France), et Catherine Hock, vice-présidente senior des relations internationales à l'ICMIF, Stéphane nous fait part de ses réflexions sur sa carrière et son rôle actuel dans cette grande mutuelle d'assurance française. Il y retrace son parcours, depuis son poste de Conseiller au sein du Gouvernement et des Institutions européennes jusqu'à son arrivée au Groupe MAIF, où il a découvert le modèle mutualiste et sa structure de gouvernance singulière. Stéphane aborde les défis législatifs, l'importance des affaires publiques pour le secteur de l'assurance mutuelle et l'impact des initiatives stratégiques sur les activités et la réputation du Groupe MAIF. Précédemment Directeur des Affaires Publiques et aujourd'hui Secrétaire général, il décrit les responsabilités et les compétences requises pour ce rôle central, soulignant la valeur du mutualisme, de la gouvernance démocratique et de la mutualisation des risques pour relever les défis actuels du secteur de l'assurance.

Catherine Hock : En quelques lignes, pourriez-vous résumer votre parcours, comment vous êtes arrivé à la MAIF. Aviez-vous connaissance de la forme mutuelle avant de rejoindre la MAIF ?

Stéphane Tisserand : Mon arrivée à la MAIF a coïncidé avec une complète découverte du modèle mutualiste. Dans mon esprit, comme beaucoup de personnes je pense, je réduisais le terme mutuelle à la complémentaire santé. Mon regard sur l’entreprise en général était formaté de façon très classique. Avant de rejoindre la MAIF, j’avais eu un long parcours comme collaborateur de responsables politiques à l’Assemblée nationale, au gouvernement et au Parlement européen. En France comme à Bruxelles, où pourtant je suivais les travaux de la commission de l’industrie, je n’avais jamais été confronté aux particularités de la gouvernance mutualiste.

CH : Arrêtons-nous un instant sur vos quinze années passées en charge des affaires publiques - pourriez-vous partager un enjeu législatif que vous avez pu mener à bien.

ST : L’installation de l’équipe des affaires publiques s’est faite progressivement. En 2008, la culture du lobbying n’était pas très répandue dans les milieux économiques français et encore moins mutualistes. Désormais les choses sont très différentes et je suis fier de constater le poids de la MAIF, et plus largement du monde des mutuelles, dans le dialogue avec les pouvoirs publics non seulement français mais également européens. Les batailles législatives qui ont fait la fierté de mon équipe sont nombreuses. Si je ne devais en citer qu’une, ce serait d’avoir placé au cœur des débats l’enjeu sur l'assurabilité face aux risques climatiques, afin de mobiliser la profession et les pouvoirs publics autour de la nécessité de faire évoluer le cadre législatif et règlementaire. Mais le combat continue sur ce sujet.

CH : Quelles sont, selon vous, les compétences essentielles d’un expert en affaires publiques au sein d’un groupe mutualiste ?

ST : Les compétences fondamentales en matière d’affaires publiques sont communes à tous les professionnels de ce métier. Il vous appartient ensuite de maîtriser parfaitement les enjeux de votre secteur et de construire les bons argumentaires et les bonnes stratégies pour les porter. Rien de très original à cela, mais concernant le secteur mutualiste, nous sommes souvent confrontés à une totale méconnaissance de nos activités par les pouvoirs publics. Nous en sommes encore parfois à devoir rappeler que la MAIF est une entreprise privée et non une émanation du secteur public ! Il faut donc plus qu’ailleurs être tenace et faire preuve d’un grand sens de la pédagogie. Enfin, l’expérience démontre à quel point l’union fait la force. Nous devons construire et porter nos stratégies ensemble, entre acteurs mutualistes. C’est une recette gagnante.

CH : Pourriez-vous citer un exemple précis où les initiatives en matière d'affaires publiques ont eu un impact direct sur les opérations ou la réputation de la MAIF ?

ST : Nous avons racheté, il y a quelques années, une filiale spécialisée dans l’assurance des collectivités locales. Elle opérait sur un marché en forte tension, avec un nombre de plus en plus réduit d’assureurs et des tarifs qui ne reflétaient plus la réalité économique. En développant le dialogue avec les pouvoirs publics et en proposant de nouvelles mesures d’accompagnement, nous avons contribué au rééquilibrage économique de ce marché et fait redescendre la pression publique sur le sujet.

CH : Vous avez exprimé votre intérêt pour la création d'un réseau mondial de mutuelles afin d'échanger des informations en matière d'affaires publiques. Qu'espérez-vous retirer de cette initiative ?

ST : En effet, et je suis profondément reconnaissant à Liz Green et aux équipes de l’ICMIF d’avoir mis en place un Public affairs working group, qui se réunira pour la troisième fois à Paris en févier prochain. Nos fédérations professionnelles, nationales ou européennes, permettent de travailler ensemble pour structurer et conduire un lobbying efficace sur des enjeux qui nous sont communs. Mais il n’existait pas de cercle de travail qui permette de cartographier les différents sujets de lobbying du secteur pays par pays et de comprendre les arguments et les stratégies mises en place par les assureurs. Or, nous opérons dans un marché globalisé. Lorsque les pouvoirs publics d’un pays prennent des décisions pour le secteur, très souvent le sujet se retrouve quelques mois ou quelques années plus tard dans d’autres pays. L’incroyable plateforme que représente l’ICMIF peut ainsi permettre d’avoir une connaissance très large des tendances règlementaires dans le monde et de bénéficier de l’expérience des membres déjà confrontés à telle ou telle problématique législative ou règlementaire.

CH : Abordons maintenant votre nomination au poste de Secrétaire général, ce poste que le quotidien français Les Echos qualifie de « joker de la vie des entreprises ». Quelles ont été vos premières impressions sur la fonction qui constitue indubitablement un changement de braquet ?

ST : Avant toute chose, de la reconnaissance envers les dirigeants du groupe qui m’ont fait confiance pour endosser un rôle qui occupe une place singulière au cœur de la gouvernance de l’entreprise. Ensuite un petit sentiment de vertige, ce qui pour un amoureux de la montagne est assez déconcertant. Mais en avançant pas après pas, en prenant le temps de comprendre et d’analyser la meilleure voie à suivre, le chemin est apparu de plus en plus clairement.

CH : Quel est l’aspect de votre nouveau métier qui vous plait le plus ?

ST : Sans doute être au cœur de l’information et de la décision. La fonction de Secrétaire général vous conduit à assister aux principales instances de décision de l’entreprise, notamment les réunions de Direction générale et du Conseil d’administration. C’est un privilège que de bénéficier d’un regard à 360 degrés sur la mutuelle et de pouvoir assister aux débats où s’élaborent les décisions stratégiques de l’entreprise.

CH : Comment gérez-vous la charge de travail ?

ST : J’ai la chance d’avoir des équipes incroyables sur lesquelles je peux compter dans toutes les situations. Donner le sens, déléguer, faire confiance : c’est la clé.

CH : Dans une entreprise comme la MAIF, quelles sont les qualités et les compétences essentielles qu’un Secrétaire général doit posséder ?

ST : C’est un rôle très transversal qui requiert de la rigueur, un certain sens de l’anticipation, de la discrétion et parfois une petite dose de diplomatie... Vous devez avant tout comprendre les enjeux propres à deux entités de gouvernance distinctes, le conseil d’administration et la direction générale. Il faut ensuite veiller à leur parfaite articulation au service de la gouvernance globale de l’entreprise et faire en sorte que les décisions se prennent au bon endroit, au bon moment et dans les meilleures conditions possibles.

CH : Ces compétences diffèrent-elles de celles des entreprises cotées ?

ST : Globalement non. Cependant, à la différence des entreprises cotées, nous ne sommes pas soumis au droit boursier. Nous n’avons pas d’actionnaires, notre assemblée générale est composée des élus de nos sociétaires. Nous devons organiser ces élections et accompagner ces élus tout au long de l’année notamment en leur délivrant la meilleure information possible sur la situation de l’entreprise. Par ailleurs, les membres du conseil d’administration sont élus par l’assemblée générale et sont tous issus de notre sociétariat. Enfin, les sociétés d’assurance européennes sont soumises aux règles spécifiques de la directive Solvabilité II qui impactent l’organisation de la gouvernance.

CH : Au vu de votre parcours professionnel et de votre fonction actuelle, qu'est-ce qui vous motive le plus ? Comment voyez-vous votre rôle évoluer dans les années à venir, tant au sein de la MAIF que dans le mouvement mutualiste en général ?

ST : Sans aucun doute, contribuer au développement d’une entreprise et d’un modèle incroyablement pertinents. J’espère donc continuer d’apporter ce regard transversal,

CH : Dans votre ouvrage Le mutualiste et les défis assurantiels (Chneiweiss, A., & Tisserand, S., 2015, Fondation pour l’innovation politique), co-écrit avec A. Chneiweiss, il est question de la modernité du modèle mutualiste et de sa démocratie qui n’est pas une chimère. Pourriez-vous commenter ? Qu'est-ce qui le rend particulièrement adapté à l'époque actuelle ?

ST : Le modèle mutualiste a souvent été ringardisé et perçu comme moins efficace que les sociétés capitalistes. Or, les assureurs mutualistes ont fait la preuve de leur résilience et de leur vitalité démocratique. Leur modèle ne reflète pas plus une utopie qu’un modèle passéiste. Bien au contraire. Il suffit de lire le dernier rapport ‘Statistiques principales des membres de l’ICMIF’ pour constater une fois encore leur dynamique de développement dans le monde entier. Elle repose sur l’intégration des sociétaires à la gouvernance, la qualité des garanties et des services délivrés, des stratégies ancrées dans un temps long et la recherche du juste profit. Nous répondons aux attentes de qualité, de sincérité et de proximité des personnes dans un monde de plus en plus désincarné et consumériste.

CH : De toutes les caractéristiques des mutuelles d'assurance, laquelle vous semble la plus adaptée pour surmonter les défis auxquels sont confrontés tous les assureurs ?

ST : La caractéristique essentielle des mutuelles, c’est la mutualisation des risques. Avec la multiplication et l’accélération des risques climatiques, avec l’apparition de zones géographiques de plus en plus fragilisées, la menace de ne plus trouver d’assureur est de plus en plus grande pour certaines populations. La réponse à ce défi majeur, c’est de maintenir la mutualisation. Nous ne devons surtout pas céder sur cet enjeu majeur. Enfin, je voudrais insister sur la dimension démocratique de nos mutuelles. Elle représente également une caractéristique fondamentale de nos modèles. Alors que partout dans le monde nous voyons certains mouvements populistes remettre progressivement en cause la démocratie, nous ne devons rien céder sur ce sujet. Continuons d’affirmer notre modèle, plus nécessaire que jamais.

Pour accéder à des contenus stratégiques réservés aux membres sur le secteur de l'assurance coopérative/mutuelle, les membres de l'ICMIF bénéficient d'un accès exclusif à toute une gamme de ressources en ligne via le ICMIF Knowledge Hub 

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